Morice nous entraîne hors des sentiers battus. Son oeuvre est immense. Voilà près de 30 ans qu'il chante, écrit, compose, interprète toujours avec la même passion et une sincérité authentique.
Daniel : Quelles ont été tes sources d'inspiration ?
Morice : Certains chanteurs m'ont inspiré comme Brassens, Brel, Félix Leclerc et Jean Ferrat que je considère un peu comme des pères. Mais aussi Edith Piaf, surtout Anne Sylvestre. La poésie a aussi été une source d'inspiration pour moi. Quand j'ai découvert la poésie de René-Guy Cadou, c'était sublime, il me semblait qu'il y avait comme un appel musical. Au niveau de l'émotion je suis aussi bouleversé par la lecture de Bobin que celle de Cadou, ou Xavier Gral.
D : Pourquoi as-tu fais un CD concernant la Bretagne ?
M : Parce que la Bretagne est un repère dans ma vie, comme une terre d'adoption. J'y ai des frères, des gens qui sont très importants dans ma vie de par leur silence, de par l'aspect un peu secret de leur identité. La Bretagne, c'est à la fois un pays très identitaire et très accueillant. Ce n'est pas une identité qui fait se protéger contre l'extérieur, c'est une identité qui « s'ouvre ».
D : Tes chansons sont très liées à une recherche intérieure et spirituelle ; parle-nous de ton parcours avec Jacques Salomé.
M : J. Salomé m'a invité à venir chanter après ses conférences . Je l'apprécie beaucoup en tant qu'écrivain et en tant que psycho-sociologue, défricheur relationnel. Parce qu'il m'a moi-même fait bouger dans la tête, dans ma relation couple, dans celle avec mes enfants. Il met de l'ordre, « du propre » dans la relation, comme une boussole. Même si la poésie ne s'y prêtait pas trop au départ, j'ai trouvé passionnant de la retravailler pour en écrire des chansons.
D : Comment as-tu fais pour te faire connaître et conquérir ton public ?
M : Je n'ai pas « conquis » mon public. C'est un public « frère » qui m'a découvert uniquement par le bouche à oreille.
D : Dans les années 70 tu as participé aux mouvements écolos. Qu'est-ce qui a changé depuis ?
M : On se sentait beaucoup plus « dans le maquis » en parlant d'écologie il y a trente ans en arrière. A l'heure d'aujourd'hui le mot est un peu trop utilisé. Le message écologique s'est dilué, en même temps qu'il s'est vulgarisé, popularisé. La difficulté d'aujourd'hui est dans cette vulgarisation. Il faut essayer de retrouver un peu l'essence, donc la « remise en question » de sa propre vie. Il ne s'agit pas de défendre seulement les oiseaux, la nature. Il s'agit aussi de creuser un peu au fond de soi, en son propre rapport à la consommation, dans sa relation amoureuse, avec ses enfants. Tout est lié. « Penser globalement, agir localement ». En ce sens ça n'a pas trop évolué, on est toujours, je crois, très minoritaires à l'appliquer dans sa vie. « Les verts » ont voulu s'inscrire dans l'échiquier politique et je pense qu'ils ont eu raison mais en même temps ils se sont frottés à cette « dissolution ». En leur sein, il y a certainement des gens qui rêvent de s'inscrire dans une logique politicienne, avec ses règles du jeu, et à mon avis c'est une erreur. C'est quelque chose qui ne peut pas déboucher. Et c'est ce qui les rend aussi minoritaires. Il y a une espèce de contradiction inévitable dès qu'on veut s'inscrire dans un système et le système politique en est un. C'est ma réflexion personnelle. Je suis inscrit aux verts à Valence, j'essaie d'aider un peu de ma façon à moi, même si je voyage énormément. Pour des causes symboliques comme les « 10 de Valence » je me sens concerné.
D : Quels sont les plus grands enjeux écologiques de demain ?
M : Le plus grand enjeu de demain, je crois qu'il est dans l'éducation. Il est dirigé vers nos enfants, vers ce devoir de transmission. Parce qu'inévitablement, il faut revenir aux racines, à la source. Et c'est dans l'enceinte d'une famille que tu peux éventuellement conscientiser tes enfants. On a des vies tellement décousues, on court tellement après le temps, on est tellement ligotés par la consommation, le productivisme qu'on a du mal simplement à stopper. Pour cela, il faut faire le deuil de pas mal de choses. A commencer par l'appât du gain. Pour moi le combat est forcément intime, en soi . Ensuite, il se traduira dans l'échiquier planétaire, c'est évident.
D : Est-ce que tu penses que les citoyens peuvent changer le cours des choses ?
M : Comme je le dis dans mon dernier disque je fais le constat d'un verrouillage, mais je laisse ouvert tout de même cet espoir fou que l'humanité, le citoyen va s'en sortir. Il manque peu de choses pour que tout bascule dans l'horreur ou la beauté. Il faut que les générations futures aient d'abord les moyens biologiques de vivre simplement et ça c'est déjà pas évident. Le reste suivra si l'Amour y est.
Propos recueillis par Daniel de Murcia, le 5 février 2003 à Villard-Bonnot
Discographie, livres, livres pour enfants, cassettes sont disponibles sur le site www.moricebenin.com L'éditeur qui possède encore 1000 exemplaires du dernier livre de Morice Benin « Demain la source » a des soucis financiers qui risquent d'amener le livre au pilon ! Lecteurs et amis des livres, il faut donc sauver et protéger « Demain la Source » afin qu'elle puisse encore nous abreuver.
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